« Toute musique qui ne peint rien n’est que du bruit. »
(Jean le Rond d’Alembert)
Par-delà l’éther et le temps flotte vers mon bureau, alors que j’écoute (fort) I Drove All Night dans la version de Cindy Lauper, un mot malin de David Foster Wallace, dont la trajectoire de vol est une courbe impossible à déterminer par aucune expression analytique de type y = f(x) et pourtant, comme le savait Jojo Fourier, représentable sous la forme d’une série trigonométrique, ce dont font leur beurre, notamment, les fabricants de synthétiseurs, à moins que je parle sans savoir.
Onze lignes tortueuses, qu’un programmeur appellerait peut-être, en faisant des doigts le signe de la croix, « bout de code spaghetti », avec des acronymes incessants, une grammaire défigurée et tous les ennuis associés que ces éléments diaboliques, agencés à la va-comme-je-te-pousse, peuvent imposer au traducteur qui ne demande rien d’autre que la paix, pouvoir prendre enfin sa douche et aller picoler dans un vernissage. Car comment traduire, sans s’arracher les cheveux, cette chose :
But neither Fourier nor anyone else in the early 1820s can prove that Fourier Integrals work for all f(x)’s, in part because there’s still deep confusion in math about how to define the integral … but anyway, the reason we’re even mentioning the F.I. problem is that A.-L. Cauchy’s work on it leads him to most of the quote-unquote rigorizing of analysis that he gets credit for, some of which rigor involves defining the integral as ‘the limit of a sum’ but most (= most of the rigor) concerns the convergence problems mentioned in (b) and its little Q.E.I. in the — Differential Equations part of E.G.II, specifically as those problems pertain to Fourier Series.
Caprice de star ? Sans doute ! Mais lucide, la star de la littérature. Car à la fin de ce bloc de grammaire malade — à rendre dément un professeur de lettres — l’auteur, avant tout joueur et potache, malgré la dépression qui le pendra, ajoute une toute petite note de bas de page, dont l’humilité non feinte et, pour tout dire, le génie me soulagent. Elle dit, cette notita :
There’s really nothing to be done about the preceding sentence except apologize.
Je ne vous raconte pas le soulagement, après vingt minutes de calvaire ! Au fond, ma traduction est aussi informe que l’originale, et celle de la note de bas de page procure le même genre de sentiment aérien, avec une virgule offerte par la maison :
Il n’y a vraiment rien à faire à propos de la phrase qui précède, sauf s’excuser.
Vous vous demandez peut-être comment j’ai fini par traduire le verset satanique. Mais il faudra attendre. Il est probable à 86,7 % que la traduction n’en est point fixée. Étonnant, non ?


énervant.
on ne peut pas tout faire en même temps. Travailler et se disperser. Mais pour moi, ce blog fait partie de mon travail, quoique de façon encore évanescente, indéterminée. Je tiens à le maintenir, ce journal — je préfère — auquel il n’est pas encore poussé la moindre dent, en activité. Pour ce faire sans perdre trop de temps qui est compté, rien de tel que quelques copiés-collés (l’accord de ce drôle de double verbe contemporain me pose toujours quelques problèmes de vue ; pourtant, rien d’épineux. Drôle de construction, quand même, ces deux verbes unis dans une seule action). Maintenir ce blog en activité, à défaut de le pousser aujourd’hui à l’action, implique de vous faire partager quelques avant-premières de la traduction en cours. Des maths, toujours. Pas vraiment relues, ces bribes. Je vais essayer d’en trouver qui soient bonne nourriture pour l’esprit, matière à réflexion, food for thought.
amateurs.
leur vie de tous les jours, l’un étant un humoriste basique, l’autre un politicien limité. Le faux premier degré, le premier degré potentiel pour causer comme le père Aristote — père de l’obscurantisme matheux –, est distant du vrai d’une quantité infinitésimale qui fait toute la différence (pardon pour ce jeu de mots involontaire de degré zéro qui n’amusera/consternera que les quelques geeks qui le comprendront). On dira que « tout prendre au premier degré » (en partant, en gros, de l’attitude ordinaire qui consiste à se placer au second) revient à approcher le plus près possible du premier degré sans jamais l’atteindre mais en pouvant toujours s’en approcher plus près, et ce à l’infini. Bref, la limite de l’attitude post-moderne, selon Monsieur O., consisterait à tendre en permanence vers le premier degré, la sincérité en moins ; la sincérité jouant ici le rôle de cette quantité infinitésimale qui — bien que négligeable — fait néanmoins toute la différence (bis repetita placent).
xpédition foireuse des armées française et britannique sur le canal de Suez, la réprimande jumelée américano-soviétique et la débandade des déjà illusoires « grandes puissances » qui s’ensuivit. Je me rappelle avoir été marqué par le fait que les Américains (abus de langage) et les Russes (métonymie simplificatrice), ennemis jurés, s’étaient ligués contre ces deux pays coloniaux en souffrance, ces vieillards au dos courbé se rengorgeant de leur « influence » sur les affaires mondiales, que deux balaises trop musclés (Rocky IV, ça vous dit quelque chose ?) avaient matés comme des gamins turbulents.
à l’aéroport de New-York, la première fois que vous avez changé de continent : attendant un taxi forcément jaune, vous remarquez que le ciel est bleu, et que de grosses masses d’eau blanchâtres s’y baladent. Ici, les gens (les Yankees) les appellent des clouds, mais ils ressemblent comme deux masses d’eau à nos nuages d’Europe. L’odeur (kérosène + printemps) est la même, et le vent dans les arbres branle leurs feuilles de la même manière autour de l’aéroport John Fitzgerald Kennedy qu’il le fait d’ordinaire à Vierzon, depuis longtemps ma ville préférée quand j’ai besoin d’un étalon d’ennui pour illustrer un propos quelconque.
encore : que la technique dentaire est la même en Argentine qu’en France, parce que les dents des gens sont les mêmes, répondent aux mêmes contraintes. Le détartrage est une de ces contraintes, qui se résume en un proverbe habituellement destiné aux femmes : il faut souffrir pour être beau. Albert Cohen, dans son fameux Belle du seigneur, l’a écrit mieux que moi : pour arriver à ses fins (fourrer Ariane d’Auble), Solal se déguise en mendiant aux dents pourries (en Shane McGowan, si l’on veut) pour ensuite faire admettre — quelque peu sadiquement — à la belle poupée creuse et délaissée qu’elle ne trippe que sur les beaux gosses disposant de trente-deux dents. Dit autrement : « Trente-deux dents, c’est préférable pour le rentre-dedans. » Et Shane le poète n’aurait jamais pu séduire la fusée Ariane, bien qu’il ait écrit A Pair of Brown Eyes qui est peut-être la plus belle chanson de l’histoire.
bleu marine, observe cet angle droit entre la tangente au pneu — soit : la putain de route — et le pneu lui-même, sous réserve que la notion de tangente puisse être appliquée à ce qui est un cercle honteusement aplati sous le poids de la voiture, mais j’ai précisé, tas d’imbéciles plus ou moins heureux, que l’approximation était GROSSIÈRE et par conséquent j’ai tous les droits. Je décrète d’ailleurs, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, cette parenthèse, que dis-je, je l’élis (elle est élue) parenthèse du siècle, en ce qui me concerne en tout cas, parce qu’il est avéré que Milan Kundera et Philippe Jaenada font mieux que moi sur ce terrain, l’un dans son style célèbre, tout de sobriété didactique et parfois irritante, et l’autre en digressant sinueusement mais peut-être pas aussi mathématiquement que moi, ce qui lui enlève des points.)
ces horreurs rabelaisiennes. C’est ce qu’il y a de plus drôle, au fond : la confrontation entre la potacherie assumée et l’esprit de sérieux — confrontation rendue équivoque par le statut de physicien (lui aussi très sérieux) de l’orateur, qui ne se contente pas d’écrire des blagues d’« ado attardé » dans un journal irrévérencieux, même que c’en est moult dommage because ça aurait permis de le ravaler au simple rang de débile mental. Mais non.