Après avoir enfin fini l’opuscule d’apparence autobiographique La Lamentation du prépuce de Shalom Auslander (dont le nom d’une cocasse littéralité l’aurait en d’autres temps mené à double titre à coucher non point dehors comme le veut l’expression idiomatique mais dans une grande baraque en bois infestée de rats en compagnie d’autres « étrangers » appelés Shalom), j’ai baissé de niveau. C’est sans doute l’effet Coupe du monde : indéniable est la baisse d’exigence du spectateur moyen qui, comme ce fut brillamment démontré il y a un mois ici-même, n’est qu’un grand enfant ravi de perdre pendant quatre semaines la moitié de ses points de QI en regardant durant de longues minutes des abrutis surpayés et très mal habillés courir gauchement après un ballon aux trajectoires imprévisibles, au doux son de trompettes en plastique ne rappelant que d’assez loin les mélopées envoûtantes des cornes de brume des seventies.
J’ai baissé de niveau et j’ai acheté Les Inrockuptibles. Et je lis ce chapeau, en préambule de la critique d’un bouquin sur la musique de Manchester (original, non ?) :
Des Smiths aux Buzzcocks, de Joy Division à Oasis… Et si les plus belles pages de la musique anglaise avaient été écrites à Manchester ?
Pour qui a connu les débuts de la revue musicale tantôt mensuelle, tantôt bimestrielle qui s’appelait Les Inrockuptibles, à l’instar du torchon hebdomadaire et confusionniste que je tiens entre les mains, la surprise est de taille devant tant d’ignorance ! En effet, les Inrocks ont précisément bâti leur corpus, leur « fonds de commerce » pour causer vulgos, avec les groupes de Manchester que sont les Smiths (et leur chanteur Steven « La Grosse Momo » Morrissey, reconverti depuis en pin-up boy californien — d’âge mûr — pour routiers latinos en surchauffe) et Joy Division/New Order. Bref, il n’y a pas à s’étonner qu’un livre retrace l’histoire de la musique de la ville en soulignant son importance plus que majeure… Ce n’est pas le premier livre sur Manchester, loin de là, et même au cinéma, des films comme 24 Hour Party People (2003) et Control (2007) ont amplement rendu hommage à Tony Wilson et à sa Factory, par exemple.
J’en conclus que Johanna Seban, fille d’âge point très mûr sans doute, ne connaît ni l’histoire de la musique dont elle entretient toute l’année les malheureux lecteurs du journal publié par son employeur, ni même l’histoire éditoriale dudit canard, ce qui semble plus embêtant. La culture d’entreprise, ce n’est plus ce que c’était ! Et j’attends avec une impatience mêlée de sadisme le jour où un pigiste un peu plus puceau que les autres découvrira dans les pages de cette feuille de chou régulièrement consternante (faisant sa couverture de cette semaine avec le débile mental William Gallas) l’influence de Nick Cave sur les années 80 et 90, en « s’étonnant » par exemple que le « méconnu » chanteur australien fût signé sur le même label que Depeche Mode. Quand le puceau susmentionné sera mis en face de tous les numéros des Inrocks faisant apparaître le chanteur des Bad Seeds en couverture, on rira grassement de sa mésaventure et de ses préjugés de journaliste culturel ordinaire.
Mais qu’y a-t-il à attendre d’une équipe dont l’un des « cadres » (pour parler comme les journalistes sportifs parlent de William Gallas, « cadre » déchu de l’équipe de France de foot), Serge Kaganski, croit bon de préciser, eu égard sans doute au niveau de culture générale qu’il imagine à ses lecteurs, la définition de tous les mots compliqués parsemant sa prose ? Exemple (ne parlons même pas du contexte ni du fond, qui n’ont aucun intérêt) :
Zemmour, Finkielkraut, Lévy et consorts seraient donc des marginaux, des maquisards, des minoritaires relégués dans la presse clandestine, condamnés aux tracts et samizdats (en URSS, ouvrages interdits par la censure et diffusés clandestinement — ndlr), ne s’exprimant que sur les ondes [...]
Le niveau baisse ! Et pas que le mien…

Mais je n’en suis plus sûr. Google me le dira. Et il me confirmera également le score de la victoire italienne contre les renégats teutons de l’ignoble Harald Schumacher, en 1982 : était-ce bien 3-1 ? Cette Coupe du monde de la honte allemande, dont Français et Algériens se souviennent encore par-delà les générations…
d’enfants de sexe masculin. Vous n’enlèverez pas ses souvenirs d’enfance au plus redoutable des économistes néo-marxistes, au dernier des enragés zapatistes pignolant doucement, tous les quatre ans, son zizi — redevenu un instant glabre asticot — au doux souvenir subconscient des cabrioles mexicaines du buteur Hugo Sanchez ; vous ne pourrez lobotomiser aucun conservateur de musée, féru — le pauvre — d’art conceptuel et capable de briller à n’importe quelle table de restaurant truffée de doctes crétins sentencieux et d’arrogantes pétasses crypto-fascistes de la haute, si lui aussi, ce conservateur de musée (ou son cousin, urbaniste en soutane « Le Corbusier »), a joué au ballon à l’école et a, un soir de juin 1984, frissonné d’il ne savait trop quel trouble sentiment (qui n’était évidemment pas du patriotisme) en admirant la chevauchée fantastique de Jean Tigana contre le Portugal de Chalana et Jordão. Et puis sa passe en retrait, en bout de course, dans les dernières secondes du temps réglementaire. Et puis le contrôle fébrile mais assuré de Platini, et puis son tir sous la barre du gardien, et puis sa course de gamin, justement, son plaisir de cour d’école surtout.
L’éditeur, celui qui fait fonction d’édition, a créé un monstre : celui qui désire être édité. Ce dernier, élevé dans la foi inepte qu’existe une chose telle qu’un droit inaliénable à l’édition, fait sienne la mission débile entre toutes de dénoncer les pratiques opaques (à l’aune de sa morale bancale et narcissique) du « milieu de l’édition », supposé plus pourri que le milieu de la mécanique automobile ou le milieu de la mousse au chocolat industrielle. Jamais le wannabe, cette excroissance scrofuleuse de nos temps porcins (cf. Gilles Châtelet), ne s’attèle à publier lui-même, s’armant de courage, d’un brin de savoir-faire et de quelques économies, ses œuvres qu’il juge pourtant impérissables. Dans la nouvelle de Kundera, Zaturecky est l’auteur d’un article effroyablement faible, et le narrateur (sommé poliment de juger) est mis dans la pire situation possible : soit mentir et dire que l’article est bon (voire excellent), fuite illusoire du conflit, l’engageant à une suite pénible ; soit dire la vérité, à savoir que l’article est mauvais (effroyablement), et se faire un ennemi vipérin — et sans doute à vie — de son auteur, qui voudrait bien être, ou au moins avoir l’air, « mais qu’a pas l’air du tout », comme l’aurait chanté, la colère enflammant sa gorge plus si flamande,
continue sur un intervalle donné A. Sachant que f(2) = 4 et f(6) = − 9, démontrez qu’il existe au moins une valeur de x dans A vérifiant f(x) = 0.
je traduis, je corrige, je réécris. Je me prépare à trente-six ans une vie de nègre, de soutier. Je ne connais pas aussi bien la grammaire qu’elle me connaît. Quand je fais une faute d’orthographe, les gens – ma mère, mes amis — applaudissent parce que ça leur permet de briller.
(en fait, des nombres) simples à mettre en rapport :